Vous ne prononcez jamais de gros mots en réunion. Pourtant, un mot minuscule y provoque plus de tensions qu’une insulte franche : « c’est« . Chaque fois qu’il précède un jugement, il transforme votre opinion en verdict, sans que vous vous en rendiez compte. Et ce réflexe de langage abîme votre assertivité au travail bien plus surement qu’un excès de franchise.
Ce que le mot « c’est » efface sans que vous le sachiez
« C’est nul. » « C’est bâclé. » « C’est à côté de la plaque. » Trois phrases, un seul verbe, et pourtant un double escamotage. D’abord, le sujet disparaît : votre ressenti se travestit en vérité générale, comme si tout le monde partageait votre avis. Ensuite, le critère s’évapore : nul par rapport à quoi ? Au budget, au style, à vos propres attentes ? Sans lui, votre interlocuteur ne sait même pas sur quoi porter la discussion. 🔒
Pourquoi votre cerveau confond avis et réalité
Ce glissement n’a rien d’un hasard. La psychologie cognitive a nommé ce biais : le réalisme naïf, cette tendance à prendre sa perception pour la réalité elle-même, aussi indiscutable qu’un jour de la semaine. Résultat, il ne reste que deux issues à votre interlocuteur : subir votre sentence, ou riposter sans finesse par un « mais non, c’est très bien ! ». Dans les deux cas, rien n’avance sur le fond, et la tension grimpe.
Pensez à un vigile qui bloque l’entrée d’une salle sans jamais énoncer la règle enfreinte : la personne refusée ne peut ni négocier ni comprendre, elle ne peut que subir. Face à un « c’est » sec, votre interlocuteur vit exactement la même impasse. 🥊
Et quand c’est vous qui recevez un verdict de ce genre, savoir répondre à une critique sans vous justifier change la donne.
L’antidote que vous appliquez déjà… à 6 ans
Le plus étonnant, c’est que vous connaissez parfaitement le remède. Votre enfant goûte un plat et lâche : « Beurk, c’est pas bon ! » Vous le reprenez aussitôt : « On ne dit pas ‘c’est pas bon’, on dit ‘je n’aime pas’. » A 6 ans, cette nuance s’enseigne sans discussion. A 36 ans, en réunion, elle disparaît : « Ton idée, c’est complètement absurde ! » remplace le « je » pourtant appris depuis l’enfance. 🙃
Reformuler sans perdre en assertivité au travail
Distinguer opinion et fait ne demande pas de renoncer à la franchise, seulement de lui donner un propriétaire : réintégrez le « je » et précisez le critère qui fonde votre jugement. Trois reformulations à tester dès la prochaine réunion :
- 🗣️ au lieu de « c’est nul », dites « je trouve que ça ne répond pas au brief initial » ;
- 💰 au lieu de « c’est trop cher », dites « je considère que ce budget dépasse ce que je peux justifier » ;
- 🤔 au lieu de « c’est une mauvaise idée », dites « je ne suis pas convaincu, faute de données sur le retour attendu. »
Parler en « je » ne fragilise pas votre légitimité professionnelle, à condition de l’exprimer avec aplomb dans la voix et la posture. Un « c’est » veut avoir raison ; un « je » veut être entendu.
L’enjeu n’est donc pas d’avoir un avis, mais d’assumer qu’il vous appartient. Le choix de vos mots façonne, phrase après phrase, la légitimité qu’on vous accorde en réunion. Alors, la prochaine fois qu’un « c’est » vous montera aux lèvres, combien de temps mettrez-vous à le rattraper ?
Avant votre prochaine réunion à enjeu, préparez sur un post-it trois formulations en « je + critère » pour les phrases où le « c’est » vous démangera. Dès que le mot menace de sortir, marquez une micro-pause d’une seconde et remplacez-le en direct par « je trouve que… parce que… ». Répétée une dizaine de fois, cette bascule devient un réflexe : votre franchise reste intacte, votre autorité aussi. 🎯








